Justice. Booba jugé pour cyberharcèlement et injures racistes : les éléments clés de l’affaire
Le rappeur Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, comparaissait mercredi 1er avril devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour cyberharcèlement et injures publiques à caractère discriminatoire. L’affaire concerne des messages publiés en janvier 2024 sur le réseau X, visant la journaliste Linh-Lan Dao ainsi que l’essayiste Tristan Mendès France.
Placée sous contrôle judiciaire depuis septembre, la star du rap français avait notamment interdiction d’entrer en contact avec les deux personnes visées par la procédure. Cette mesure a été maintenue après le renvoi d’une première audience en décembre, en raison de son absence pour motifs de santé.

À l’origine, un article de fact-checking
L’affaire débute le 26 janvier 2024, lorsque Linh-Lan Dao publie un article de vérification sur franceinfo.fr. Elle y démonte une rumeur relayée par Booba établissant un lien entre les vaccins à ARN messager contre le Covid-19 et la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
En réaction, le rappeur publie plusieurs messages visant directement la journaliste. Certains propos sont jugés à connotation raciste et sexiste, déclenchant une vague de cyberharcèlement à son encontre.
Un impact psychologique important pour la journaliste
Face à la justice, Linh-Lan Dao a évoqué les conséquences de cette exposition numérique massive, marquée par des attaques répétées sur les réseaux sociaux.
"Même si c’est virtuel, ce qui s’est passé m’a énormément affectée. C’est épuisant émotionnellement de lire ces messages haineux
Elle a également insisté sur la durée et l’intensité de cette situation, évoquant une attente difficile jusqu’à la tenue du procès.
"C’est très éprouvant psychologiquement cette attente. Mais j’attendrai encore quatre mois. C’est très important pour moi d’entendre ce qu’il a à dire
Son avocate, Maître Ilana Soskin, a souligné l’influence considérable du rappeur et la responsabilité qui en découle.
"Il a une influence colossale, il est suivi par des millions d’internautes. Une personne avec cette influence ne peut pas tweeter sans conséquence
"Il a lâché une meute contre ma cliente. Et il doit assumer cela
"J'estime avoir été jetée en pâture par Elie Yaffa à ses 6 millions d'abonnés, tout ça parce que j'ai fait mon travail
Des messages également dirigés contre un essayiste
Le dossier inclut également des publications visant Tristan Mendès France, spécialiste des cultures numériques à l’université Paris-Cité. Certaines expressions utilisées par le rappeur, associées à des montages photographiques, sont examinées par la justice pour leur caractère potentiellement antisémite.
Bien que non partie civile dans cette affaire, l’essayiste a dénoncé les conséquences des publications sur le réseau social.
"Avec son empreinte sur X, ses messages ont déclenché un flot spectaculaire de commentaires antisémites
Il a également rappelé le poids historique de certaines références utilisées dans les attaques.
"Il faut avoir une culture historique lamentable pour ne pas se rappeler des attaques antisémites contre le nom Mendès France
Une absence remarquée et un contrôle judiciaire maintenu
Déjà absent lors d’une précédente audience en décembre, Booba n’a pas comparu une nouvelle fois, invoquant des raisons de santé. Ses avocats avaient alors indiqué qu’il souhaitait être présent pour s’exprimer devant le tribunal, tout en produisant des certificats médicaux pour justifier son absence.
Le contrôle judiciaire imposé au rappeur, incluant l’interdiction de contact avec les victimes, a été maintenu par la justice.
Un artiste visé par plusieurs procédures
Cette affaire s’inscrit dans un contexte judiciaire plus large pour l’artiste, déjà mis en examen dans plusieurs dossiers de harcèlement moral en ligne.
Il est notamment poursuivi dans une procédure visant Magali Berdah, ancienne figure majeure des influenceurs, pour des faits s’étendant sur plusieurs années. Le parquet a récemment requis son renvoi devant le tribunal correctionnel dans ce dossier.
Une autre procédure concerne également Demdem, ancienne compagne du rappeur Gims, lui-même impliqué dans une affaire distincte.
Ces différents dossiers interrogent sur l’usage des réseaux sociaux par les personnalités publiques et sur les limites entre liberté d’expression et responsabilité pénale en matière de cyberharcèlement.