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Vieil-Baugé : la bataille qui a changé le cours de la guerre de Cent Ans
Le 22 mars 1421, au Vieil-Baugé, en Anjou, se déroule une bataille aussi brève que décisive dans l’histoire de la guerre de Cent Ans. Ce jour-là, les troupes anglaises subissent une défaite sévère face à une coalition franco-écossaise. Un revers majeur, souvent considéré comme la première véritable victoire française depuis près d’un siècle.
Longtemps éclipsée par les grandes batailles comme Azincourt, la bataille de Baugé n’en reste pas moins un tournant stratégique et symbolique. Elle marque le début d’un renversement progressif du rapport de force entre les deux royaumes.
Une France affaiblie après Azincourt
Pour comprendre l’importance de cette bataille, il faut revenir quelques années en arrière. En 1415, l’armée française est écrasée à Azincourt par les Anglais. Cette défaite plonge le royaume dans une crise profonde.
Le contexte politique est explosif. Le roi Charles VI, affaibli mentalement, ne parvient plus à gouverner efficacement. En 1420, le traité de Troyes consacre la domination anglaise : le dauphin Charles est déshérité, et le roi d’Angleterre Henri V devient l’héritier du trône de France.
Paris tombe sous contrôle anglais. Le dauphin, futur Charles VII, se replie au sud de la Loire, soutenu par ses fidèles Armagnacs.
L’alliance décisive avec l’Écosse
Dans ce contexte critique, le dauphin Charles cherche des alliés. Il trouve un soutien majeur en Écosse, ennemie historique de l’Angleterre.
En 1421, entre 5 000 et 6 000 soldats écossais débarquent à La Rochelle pour prêter main-forte aux Français. Sous le commandement de John Stuart, comte de Buchan, ils rejoignent les troupes françaises menées notamment par Gilbert Motier de La Fayette.
Cette alliance franco-écossaise constitue une force militaire capable de rivaliser avec les Anglais, jusque-là dominants sur le champ de bataille.
Une offensive anglaise précipitée
Face à cette menace, le duc de Clarence, frère du roi d’Angleterre Henri V, est chargé de poursuivre le dauphin Charles et de consolider la domination anglaise dans l’ouest de la France.
Après un échec devant Angers, il apprend la présence d’une armée franco-écossaise près de Baugé. Persuadé de pouvoir surprendre l’ennemi, il prend une décision qui s’avérera fatale : attaquer immédiatement, sans attendre le regroupement complet de ses forces.
Il engage ainsi uniquement sa cavalerie, soit environ 1 500 hommes, laissant derrière lui ses archers, pourtant décisifs dans les succès anglais précédents.
Le terrain, un piège fatal
Le choc a lieu aux abords du Vieil-Baugé, dans une zone marquée par la rivière du Couasnon et des prairies détrempées.
Les Anglais doivent franchir un pont étroit, puis progresser sur un terrain boueux et en pente. Leur progression est ralentie, leur formation désorganisée.
En face, les Franco-Écossais sont positionnés en hauteur, prêts à recevoir l’assaut. Ils exploitent parfaitement leur avantage terrain.
Un combat violent et désorganisé
La bataille s’engage dans un certain chaos. Les Anglais, arrivant par petits groupes, se jettent dans l’affrontement sans coordination.
Dans le village, les défenseurs utilisent tous les moyens possibles, allant jusqu’à lancer des pierres depuis les hauteurs et les bâtiments.
Rapidement, les Anglais sont encerclés. Le pont est détruit, coupant toute possibilité de retraite. La situation devient désespérée.
La mort du duc de Clarence
Au cœur du combat, le duc de Clarence tente de renverser la situation en affrontant directement les forces adverses. Mais il est tué au combat, un événement qui scelle le sort de l’armée anglaise.
Autour de lui, de nombreux nobles périssent également. Les pertes anglaises sont considérables : environ 1 000 morts et plusieurs centaines de prisonniers.
À l’inverse, les pertes franco-écossaises restent limitées.
Une victoire aux conséquences majeures
La bataille du Vieil-Baugé constitue un choc pour l’Angleterre. C’est la première défaite en bataille rangée depuis le début de la guerre de Cent Ans.
Pour les Français, c’est un regain d’espoir. Cette victoire montre que l’armée anglaise n’est pas invincible.
Elle prépare le terrain pour la reconquête du royaume, qui se concrétisera quelques années plus tard avec l’intervention de Jeanne d’Arc, la levée du siège d’Orléans en 1429 et le sacre de Charles VII.
Un tournant dans la guerre de Cent Ans
Si la victoire de Baugé ne met pas immédiatement fin au conflit, elle marque un changement psychologique et stratégique important.
Elle symbolise la fin d’une domination anglaise sans partage et le début d’une reconquête progressive du territoire français.
Au fil des décennies, les Français reprendront l’avantage, jusqu’à la victoire finale en 1453, qui mettra un terme à la guerre de Cent Ans, à l’exception de Calais.
Un héritage historique toujours présent
Aujourd’hui encore, la bataille du Vieil-Baugé reste profondément ancrée dans la mémoire locale.
Entre faits historiques et légendes, comme la pierre marquée par le passage du duc de Clarence ou le clocher tors de l’église Saint-Symphorien, cet événement continue de fasciner.
Plus qu’une simple bataille, Vieil-Baugé incarne un moment clé où, au cœur de l’Anjou, le destin du royaume de France a commencé à basculer.