Juin 1942 : deux adolescents derrière une série d’incendies à Pontigné et au Guédeniau
En juin 1942, plusieurs incendies volontaires frappent les campagnes du Baugeois. Des fagots, de la paille et un hangar sont détruits à Pontigné et au Guédeniau. L’enquête de la gendarmerie conduit à l’arrestation de deux frères de 15 et 16 ans, qui auraient agi pour se venger d’un propriétaire ayant refusé de vendre du bois à leurs parents.
Le Baugeois sous l’Occupation allemande
Lorsque ces incendies se produisent, le Baugeois vit depuis deux ans sous l’Occupation allemande. Le Maine-et-Loire avait été entièrement occupé entre le 18 et le 21 juin 1940, à la suite de l’effondrement de l’armée française et quelques jours avant la signature de l’armistice.
En 1942, la vie quotidienne est profondément bouleversée par les pénuries, le rationnement et les réquisitions. Les cartes de rationnement sont généralisées depuis septembre 1940 et concernent notamment le pain, la viande, les matières grasses, le sucre, les vêtements et de nombreux produits indispensables.
Dans les campagnes, les habitants disposent parfois de davantage de possibilités pour se nourrir que dans les grandes villes, mais ils doivent également faire face aux prélèvements agricoles, aux restrictions de circulation et au manque de matières premières. Le bois constitue alors une ressource particulièrement précieuse. Il sert au chauffage, à la cuisson des aliments et à de nombreux travaux agricoles ou domestiques.
C’est dans ce contexte difficile que plusieurs incendies se déclarent dans le secteur de Baugé, Pontigné et du Guédeniau au cours du mois de juin 1942.
Six cents fagots détruits à Pierre-Couverte
L’un des principaux sinistres recensés se produit au lieu-dit Pierre-Couverte, sur le territoire de Pontigné. À cette époque, Pontigné est encore une commune indépendante. Elle ne rejoindra la commune nouvelle de Baugé-en-Anjou qu’en 2013.
Le feu détruit un important tas composé d’environ 600 fagots. Ces morceaux de bois regroupés en faisceaux représentent une réserve considérable pour leur propriétaire, Constant Chevalier, présenté comme le propriétaire des Grands Moulins de Baugé.
La disparition d’une telle quantité de bois ne constitue pas une perte anodine en pleine période d’Occupation. Dans une économie marquée par la pénurie, les fagots peuvent être utilisés pour alimenter les fours, les cheminées et différentes installations nécessitant du combustible.
Les circonstances de l’incendie éveillent rapidement les soupçons. Les gendarmes cherchent notamment à identifier les personnes qui se trouvaient à proximité de Pierre-Couverte au moment du départ de feu.
Un jeune domestique de 16 ans interrogé
L’enquête s’oriente vers un adolescent prénommé Auguste. Âgé de 16 ans, il travaille comme domestique et réside au lieu-dit Les Bordes, sur la commune de Pontigné. Son lieu de travail se trouve non loin de l’endroit où les 600 fagots ont été incendiés.
Les domestiques agricoles sont alors nombreux dans les campagnes du Baugeois. Souvent très jeunes, ils sont employés dans les fermes pour participer aux travaux des champs, s’occuper des animaux, entretenir les bâtiments ou transporter les récoltes et le bois.
Interrogé par les gendarmes, Auguste finit par reconnaître son implication dans l’incendie de Pierre-Couverte. Il explique ne pas avoir agi seul et met également en cause son frère, âgé de 15 ans.
Ce dernier est lui aussi employé comme domestique, chez un certain M. Boisnard, à Marcé. Cette commune se situe en dehors du territoire actuel de Baugé-en-Anjou. Marcé est uniquement mentionnée comme le lieu où travaillait le plus jeune frère et non comme l’emplacement d’un incendie.
Un acte de vengeance après un refus de vendre du bois
Les deux frères auraient expliqué leur geste par un différend opposant leur famille au propriétaire des bois. Celui-ci aurait refusé de vendre du bois à leurs parents. Les adolescents auraient alors décidé de se venger en incendiant les fagots entreposés à Pierre-Couverte.
Ce mobile permet de mieux comprendre pourquoi une réserve de bois a été visée. Il ne s’agirait donc ni d’un accident agricole ni d’un feu provoqué par une imprudence, mais d’un incendie volontaire dirigé contre les biens d’un propriétaire clairement identifié.
L’enquête ne s’arrête cependant pas à cet unique sinistre. Les aveux recueillis conduisent les gendarmes à rapprocher les deux adolescents de plusieurs autres incendies survenus au cours de la même période dans les campagnes environnantes.
Un tas de paille et un hangar incendiés à La Billette
Le Guédeniau apparaît parmi les communes particulièrement concernées par cette série de feux. Au lieu-dit La Billette, un tas de paille et un hangar ont été détruits par les flammes.
Les éléments actuellement disponibles ne permettent pas de déterminer avec certitude si la paille et le hangar ont brûlé au cours d’un même incendie ou lors de deux départs de feu distincts. Les circonstances auraient cependant présenté suffisamment de similitudes avec l’incendie de Pierre-Couverte pour attirer l’attention des enquêteurs.
Un hangar agricole pouvait contenir des récoltes, du fourrage, du matériel et parfois des animaux. La paille sèche constituait par ailleurs un combustible particulièrement inflammable, capable de communiquer rapidement le feu à un bâtiment voisin.
D’autres incendies auraient été signalés dans le secteur de Baugé et autour du Guédeniau. Leur nombre exact, leurs dates et les lieux concernés ne sont pas précisés dans les informations retrouvées. Il serait donc imprudent de les présenter individuellement sans disposer des procès-verbaux de gendarmerie ou des articles de presse correspondants.
Une enquête menée par la gendarmerie en pleine Occupation
Malgré le contexte de guerre, les brigades françaises de gendarmerie continuent de traiter les affaires locales : vols, violences, infractions au ravitaillement, accidents et incendies. Après chaque sinistre suspect, les militaires recueillent les témoignages, vérifient les emplois du temps et recherchent d’éventuels différends entre les propriétaires et les personnes présentes dans les environs.
Dans cette affaire, la proximité du lieu de travail d’Auguste avec Pierre-Couverte semble avoir constitué un élément important. Ses déclarations auraient ensuite permis de relier plusieurs événements qui, pris séparément, pouvaient d’abord apparaître comme des incendies indépendants.
La succession de feux avait nécessairement de quoi inquiéter les habitants. En zone rurale, un incendie de paille, de bois ou de bâtiment agricole pouvait rapidement se propager aux cultures, aux bois voisins ou à une habitation. Les moyens disponibles pour combattre les flammes étaient également beaucoup plus limités qu’aujourd’hui.
Une nouvelle organisation des secours créée en juin 1942
Cette série d’incendies survient au moment même où la lutte contre le feu se réorganise dans le département. Le 6 juin 1942, un arrêté préfectoral crée le Service départemental de défense contre l’incendie de Maine-et-Loire.
Le nouveau dispositif comprend sept centres de secours principaux et seize centres secondaires. Baugé devient le centre de secours principal numéro 2, confirmant ainsi son rôle central dans l’organisation des interventions sur le territoire.
Le corps des sapeurs-pompiers de Baugé est alors placé sous la responsabilité du commandant Georges Chignard. Pendant la période de l’Occupation, il est notamment secondé par le capitaine Sirodeau, qui deviendra quelques années plus tard maire de Baugé.
Cette organisation départementale est encore très éloignée des moyens actuels. Les interventions reposent essentiellement sur les corps communaux, avec des véhicules et des équipements moins nombreux. Dans les campagnes, les habitants et les agriculteurs jouent également un rôle essentiel pour apporter de l’eau, déplacer les récoltes et empêcher la propagation des flammes.
Les deux frères arrêtés le 29 juin 1942
À l’issue de leurs aveux, les deux adolescents sont arrêtés le 29 juin 1942. Ils sont ensuite conduits au parquet de Saumur, compétent pour décider des suites judiciaires à donner à l’affaire.
Leur jeune âge constitue un élément important : Auguste n’a que 16 ans et son frère seulement 15 ans. Les informations disponibles ne précisent cependant pas les décisions prises par la justice, les éventuelles mesures de placement ni les peines qui auraient pu être prononcées.
L’arrestation permet néanmoins à la gendarmerie de considérer comme élucidée une partie de la série d’incendies qui inquiétait les communes rurales du secteur. Les aveux auraient notamment permis de rattacher aux deux frères le feu de Pierre-Couverte et plusieurs sinistres survenus au Guédeniau ou dans ses environs.
Des lieux aujourd’hui réunis dans Baugé-en-Anjou
En 1942, Baugé, Pontigné et Le Guédeniau sont trois communes distinctes. Elles appartiennent au même territoire rural, mais disposent chacune de leur mairie et de leur organisation communale.
Aujourd’hui, Pontigné et Le Guédeniau sont deux des quinze communes déléguées de Baugé-en-Anjou. L’affaire s’est donc déroulée dans plusieurs secteurs appartenant désormais à une seule et même commune.
Les lieux cités permettent de suivre géographiquement l’enquête : Les Bordes, où résidait l’aîné des deux frères ; Pierre-Couverte, où les 600 fagots ont été incendiés ; les Grands Moulins de Baugé, associés à leur propriétaire ; et La Billette, au Guédeniau, où de la paille et un hangar ont brûlé.
Plusieurs zones d’ombre demeurent
Cette affaire est désormais attestée dans ses grandes lignes, mais plusieurs questions restent sans réponse. Le nombre total d’incendies attribués aux deux frères n’est pas connu. Les dates précises des feux de Pierre-Couverte et de La Billette restent également à retrouver, tout comme le montant des dommages et les suites judiciaires.
Le journal local Les Nouvelles du Pays baugeois, publié à Baugé entre 1928 et 1944, constitue une piste essentielle. Sa collection conservée par la Bibliothèque nationale de France est toutefois incomplète et n’est pas intégralement consultable en ligne.
Les procès-verbaux de la gendarmerie, les dossiers du parquet de Saumur, les délibérations municipales et les archives des sapeurs-pompiers pourraient permettre de compléter cette histoire. Ils aideraient notamment à identifier les autres incendies évoqués et à déterminer les conséquences judiciaires pour les deux adolescents.
Un précédent historique dans la mémoire des incendies du Baugeois
L’affaire de juin 1942 montre que le territoire avait déjà été confronté à plusieurs départs de feu volontaires rapprochés dans le temps et répartis entre différentes communes rurales.
Il faut néanmoins se garder d’établir un parallèle direct avec des événements contemporains. Les circonstances, les moyens de secours, le contexte social et les méthodes d’enquête sont profondément différents. Cette page d’histoire rappelle simplement qu’il y a plus de 80 ans, des incendies successifs avaient déjà suscité l’inquiétude à Pontigné, au Guédeniau et dans le secteur de Baugé.
En l’état des recherches, les faits certains concernent la destruction de 600 fagots à Pierre-Couverte, l’incendie de paille et d’un hangar à La Billette, les aveux de deux frères âgés de 15 et 16 ans et leur arrestation le 29 juin 1942 avant leur transfert au parquet de Saumur.