La Flèche commémore les 82 ans de sa Libération : retour sur les journées décisives d’août 1944
Ce lundi 10 août 2026, La Flèche a commémoré le 82e anniversaire de sa Libération. Organisée au monument aux morts sous l’impulsion du Souvenir Français – comité de La Flèche, la cérémonie a permis de rendre hommage aux victimes, résistants et combattants qui ont marqué les derniers jours de l’Occupation allemande dans le Pays fléchois. Sabotage ferroviaire, massacre des Belles-Ouvrières, mort du sous-lieutenant Paul Favre et arrivée des soldats américains : plusieurs épisodes tragiques et décisifs d’août 1944 ont été rappelés.
La Flèche se souvient, 82 ans après sa Libération
Il y a exactement 82 ans, le 10 août 1944, La Flèche retrouvait définitivement sa liberté avec l’arrivée des soldats américains, après quatre années d’Occupation allemande.
Ce lundi 10 août 2026, élus, porte-drapeaux, représentants du monde combattant et habitants se sont retrouvés au monument aux morts de La Flèche, rue du Maréchal-Foch, pour entretenir cette mémoire.
La cérémonie était programmée à 10 h 30.
Son organisation mémorielle a été assurée par le Souvenir Français fléchois, avec plusieurs prises de parole permettant de revenir sur les événements qui ont accompagné la Libération de la ville.
Pour assurer la sécurité du rassemblement, un dispositif composé de cinq gendarmes et deux policiers municipaux était mobilisé autour de la cérémonie.
Au-delà du dépôt de gerbes et du traditionnel moment de recueillement, cette commémoration a surtout été l’occasion de remettre des noms et des événements derrière cette date du 10 août 1944.
Ont notamment été évoqués le sabotage réalisé par les cheminots André Moguedet et Lucien Chartier, le massacre du chemin des Belles-Ouvrières, la mort du sous-lieutenant Paul Favre et l’arrivée des forces américaines à La Flèche.
Car la Libération de la ville ne s’est pas jouée en une seule journée.
Elle est l’aboutissement de plusieurs journées particulièrement mouvementées au début du mois d’août 1944.
Août 1944 : les Alliés progressent rapidement en Sarthe
Deux mois après le Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, la progression des forces alliées s’accélère considérablement.
Au début du mois d’août, les unités de la 3e armée américaine du général George S. Patton pénètrent en Sarthe.
Le 5 août 1944, plusieurs communes de l’ouest du département sont libérées tandis que les troupes américaines poursuivent leur avancée. Le dispositif allemand commence alors à se désagréger et les forces d’occupation cherchent progressivement à se replier.
À La Flèche, cette progression alliée est particulièrement suivie.
Depuis le lendemain du Débarquement, la ville et notamment ses infrastructures ferroviaires ont été régulièrement prises pour cible par l’aviation alliée.
La gare de La Flèche représente en effet un enjeu stratégique : la ville constitue alors un important nœud ferroviaire permettant notamment les déplacements de soldats et de matériel.
7 août 1944 : deux cheminots fléchois sabotent la voie ferrée
L’un des épisodes les plus marquants précédant immédiatement la Libération intervient dans la soirée du 7 août 1944.
Deux cheminots fléchois, Lucien Chartier et André Moguedet, interviennent sur la ligne ferroviaire reliant La Flèche à Saumur, dans le secteur de la forêt du Mélinais.
Ils provoquent le déraillement d’un train.
Cette ligne était alors particulièrement importante puisqu’elle constituait l’un des axes ferroviaires de La Flèche encore utilisables après les nombreuses attaques aériennes alliées.
L’action des deux cheminots s’inscrit dans les nombreuses opérations de sabotage menées par la Résistance et les personnels ferroviaires durant l’été 1944 afin de ralentir ou d’empêcher les mouvements des troupes allemandes.
Le sabotage de Moguedet et Chartier fait aujourd’hui partie des événements emblématiques rappelés lors des commémorations de la Libération de La Flèche.
Dans la nuit du 7 au 8 août, les Allemands quittent La Flèche
Quelques heures seulement après cet épisode, la situation bascule définitivement dans la ville.
Dans la nuit du 7 au 8 août 1944, les forces allemandes évacuent La Flèche.
Avant leur départ, elles incendient notamment des réserves qu’elles ne peuvent emporter avec elles.
Au matin du 8 août, la présence organisée de l’occupant allemand a donc pratiquement disparu de la ville.
Pourtant, La Flèche n’est pas encore officiellement libérée.
Les soldats américains ne sont pas encore arrivés et des unités allemandes continuent de circuler ou de combattre dans les environs.
Pendant près de deux journées, La Flèche se trouve ainsi dans une situation particulière : les principaux occupants sont partis, mais les libérateurs ne sont pas encore entrés dans la ville.
8 août 1944 : le drame du chemin des Belles-Ouvrières
Cette période de transition reste également marquée par des violences.
Le 8 août 1944, alors même que les forces allemandes sont en plein retrait, un épisode tragique se déroule dans le secteur du chemin des Belles-Ouvrières, aux abords de La Flèche.
Plusieurs civils y sont victimes des violences de cette fin d’Occupation.
Un monument rappelle aujourd’hui ce drame sur les lieux mêmes de l’événement.
Ce drame des Belles-Ouvrières a été spécifiquement rappelé lors de la cérémonie organisée ce lundi 10 août 2026.
Il rappelle surtout que les journées entourant la Libération ne furent pas uniquement synonymes de joie : alors que l’armée allemande battait en retraite, des civils continuaient de perdre la vie.
9 août 1944 : la gare encore bombardée à la veille de la Libération
Le lendemain, 9 août 1944, La Flèche subit encore une attaque aérienne alliée.
La gare est une nouvelle fois bombardée afin d’empêcher les forces allemandes d’utiliser les infrastructures ferroviaires pendant leur retraite.
Des installations ferroviaires et du matériel présents sur le site sont détruits.
La situation paraît aujourd’hui paradoxale : les Allemands ont déjà largement quitté La Flèche, mais les Alliés continuent à neutraliser les moyens de communication susceptibles de servir aux unités ennemies encore présentes dans la région.
Ce bombardement intervient à seulement quelques heures de l’arrivée des Américains.
10 août 1944 : les soldats américains entrent dans La Flèche
Puis vient la journée qui restera dans l’histoire de la ville.
Le jeudi 10 août 1944, les premiers soldats américains arrivent à La Flèche.
La date est aujourd’hui officiellement retenue comme celle de la Libération de La Flèche.
Les premières troupes américaines font leur apparition dans la matinée du 10 août.
Des photographies historiques de cette journée montrent notamment l’arrivée des soldats et l’accueil qui leur est réservé par la population fléchoise.
Après quatre années d’Occupation, les habitants peuvent enfin célébrer ouvertement la disparition du régime d’occupation allemand.
La joie est immense.
Mais la guerre, elle, n’est pas encore terminée.
Et même autour de La Flèche, les armes ne se taisent pas immédiatement.
11 août 1944 : Paul Favre tombe au combat à Thorée-les-Pins
À peine vingt-quatre heures après la Libération officielle de La Flèche, un nouvel événement dramatique vient rappeler la fragilité de cette liberté retrouvée.
Le 11 août 1944, des habitants de Thorée-les-Pins, à quelques kilomètres de La Flèche, signalent la présence de soldats allemands dans un bois.
Ces derniers rassemblent et détruisent des munitions afin qu’elles ne puissent pas être récupérées.
Les FFI du Prytanée de La Flèche sont alertés.
Une opération est organisée sous la responsabilité du commandant Tête, médecin au Prytanée, accompagné de plusieurs volontaires.
Parmi eux se trouve Paul Favre, professeur-adjoint au Prytanée et engagé dans la Résistance.
Arrivés sur place, les résistants tentent d’abord de parlementer avec les soldats allemands.
La négociation échoue.
Un combat éclate.
Le sous-lieutenant Paul Favre est mortellement touché par une balle. Il n’a que 30 ans.
Sa mort intervient donc le lendemain seulement de l’arrivée des Américains à La Flèche.
Elle illustre parfaitement une réalité parfois oubliée : la date officielle de libération d’une ville ne signifie pas nécessairement la disparition immédiate de tout danger militaire dans les campagnes environnantes.
14 août 1944 : La Flèche rend hommage à Paul Favre
Trois jours plus tard, le 14 août 1944, La Flèche rend un hommage solennel au jeune résistant.
Ses obsèques se déroulent à l’église Saint-Louis du Prytanée.
Une stèle sera ensuite installée sur les lieux de sa mort à Thorée-les-Pins. Elle sera inaugurée le 27 mai 1945, en présence notamment des élèves du Prytanée.
Aujourd’hui encore, le nom de Paul Favre reste indissociable de l’histoire de la Libération du Pays fléchois.
La Libération de La Flèche ne s’est donc pas déroulée en un jour
Lorsque l’on évoque le 10 août 1944, il serait finalement réducteur de résumer la Libération de La Flèche à la seule entrée des soldats américains.
Les événements commencent véritablement plusieurs jours auparavant.
- Le 7 août, Moguedet et Chartier sabotent la voie ferrée.
- Dans la nuit du 7 au 8 août, les forces allemandes quittent La Flèche.
- Le 8 août, le secteur des Belles-Ouvrières est marqué par un épisode meurtrier.
- Le 9 août, la gare subit encore un bombardement allié.
- Le 10 août, les soldats américains arrivent enfin dans la ville.
- Le 11 août, Paul Favre tombe encore sous les balles allemandes à Thorée-les-Pins.
En quelques jours seulement, La Flèche passe ainsi brutalement de quatre années d’Occupation à la liberté.
82 ans plus tard, transmettre cette histoire
C’est toute cette succession d’événements que la cérémonie du 10 août 2026 a permis de remettre en lumière.
Plus de huit décennies se sont écoulées.
Les témoins directs de cette époque sont désormais de moins en moins nombreux, ce qui renforce encore l’importance du travail réalisé par les associations mémorielles, les historiens, les collectivités, les porte-drapeaux et toutes celles et ceux qui participent aux cérémonies.
Commémorer la Libération de La Flèche ne consiste pas seulement à célébrer l’arrivée des soldats américains.
C’est également se souvenir des résistants, des cheminots qui ont saboté les communications ennemies, des civils victimes des dernières violences de l’Occupation, des combattants tombés au moment même où la liberté revenait et de tous ceux qui ont vécu ces journées d’août 1944.
Ce lundi matin, devant le monument aux morts de La Flèche, leurs histoires ont une nouvelle fois été racontées.
82 ans après, La Flèche se souvient.

































